La situation des cabinets d'infirmiers libéraux en Meurthe-et-Moselle devient de plus en plus préoccupante. Environ une dizaine de fermetures par an sont signalées, et cette tendance s'inscrit dans un phénomène généralisé à l'échelle nationale. La Fédération Nationale des Infirmiers a récemment averti sur la "dégradation rapide de la situation économique" des cabinets et a évoqué un "contexte sans précédent de défaillances d'entreprises" pour 2025. Cette situation alarmante touche particulièrement la Meurthe-et-Moselle.
Selon l'Ordre départemental des infirmiers, une dizaine de cabinets libéraux ont dû fermer leurs portes ces dernières années, conséquence de pressions économiques bien réelles. Un chiffre révélateur : 72 % des infirmiers libéraux envisagent d'entrer en procédure de défaillance d'entreprise, un phénomène largement attribué à l'augmentation des charges, à une instabilité réglementaire et à l'absence de revalorisations suffisantes.
“Si on voulait tuer une profession, on ne s'y prendrait pas mieux”
Olivier Babel, infirmier libéral depuis 25 ans dans la région de Jarville-la-Malgrange, ne cache pas sa désillusion. "Je perds entre 15 et 20 % de mes revenus par rapport à il y a 20 ans. Ce métier, je l'ai choisi de cœur, mais les temps changent", se désole-t-il. Le manque de rentabilité est accentué par une concurrence accrue et une diminution des actes rémunérateurs. Les soins comme les aides à la toilette, moins lucratifs et chronophages, se multiplient.
En outre, Olivier met en avant une hausse des coûts de la vie, pointant du doigt le prix des loyers et du carburant qui ne feraient qu'accroître la pression financière sur sa profession. "On a la sensation d'être asphyxié. On dirait qu'une pression se renforce pour éradiquer notre métier", ajoute-t-il avec préoccupation.
De son côté, Thierry Péchey, président du conseil départemental de l'Ordre des infirmiers, déplore que certains actes, tels que les vaccinations, soient transférés à d'autres professions, ce qui accentue la raréfaction des actes. "Cet hiver, j'ai vacciné une dizaine de patients contre la grippe, contre une centaine les années précédentes", déclare-t-il.
150 infirmiers quittent chaque année la profession en Meurthe-et-Moselle
La situation est d'autant plus préoccupante que Meurthe-et-Moselle perd environ 150 infirmiers chaque année. Une fuite qui s'explique en partie par la retraite, mais aussi par des choix de vie, comme l'expatriation vers le Luxembourg. Thierry Péchey souligne l'impact de ces départs : "Le libéral, autrefois perçu comme un Eldorado, n’attire plus." Il rappelle même avoir déconseillé à son fils de suivre cette voie, témoignant de sa propre crainte quant à l'avenir de la profession.
Cette crise pose des questions fondamentales sur l’avenir des soins libéraux en France et interpelle les autorités compétentes sur la nécessité d'agir pour soutenir cette profession essentielle au service de la santé.







