Jean-Luc Ployé, psychologue réputé à Reims, a consacré sa vie à sonder l'esprit des criminels les plus notoires de France. À 73 ans, son expertise en psychologie criminelle le place au cœur des plus grandes affaires judiciaires françaises.
Depuis cinquante ans, Jean-Luc Ployé explore les méandres de l'âme humaine. Il s'est retrouvé face à certains des tueurs en série les plus infâmes du pays, comme Michel Fourniret et Monique Olivier, dont les témoignages l’ont profondément marqué. Il explique : « Avec ce type de personnage, il faut beaucoup d’humilité. Le maître, c’est lui, pas vous ». Cette immersion lui a demandé un grand travail de recule, mettant parfois des semaines avant de retrouver son équilibre après de telles enquêtes.
Une vocation née d’un procès historique
Tout a débuté en 1972, lors du procès de Buffet-Bontemps. Jean-Luc, adolescent à l'époque, s'est laissé captiver par la plaidoirie de Robert Badinter. « Il m’a complètement envahi. Je me suis dit : il faut que je fasse quelque chose comme ça », raconte-t-il. Ce moment a éveillé en lui la passion d’analyser des comportements complexes, même les plus sombres.
Depuis le début de sa carrière, il a évalué entre 5 000 et 6 000 victimes et criminels. Ces interactions, souvent dérangeantes, lui ont enseigné que chaque mot compte. « Je ne suis pas là pour juger, mais pour donner aux jurés des éléments pour comprendre », affirme-t-il, soulignant que son objectif est de rétablir une certaine forme d'équilibre dans la justice.
L’affaire Chanal : une psychologie au service de l’enquête
À la fin des années 1980, son expertise a été mise à l'épreuve lorsqu'il a été chargé par le capitaine Joël Vaillant d'analyser le tueur de Mourmelon, ce qui a abouti à un profil validé par le FBI à Quantico, un moment de fierté pour le psychologue.
À 73 ans, malgré l'approche de sa retraite, Jean-Luc Ployé est déterminé à continuer son travail tant que la loi le lui permet. « Ce sera la loi qui m’obligera à arrêter », confie-t-il avec un sourire. Pour lui, « poser des mots sur les maux » reste une nécessité incontournable.
Avec humanité et courage, Jean-Luc Ployé incarne la fine ligne entre compréhension et horreur, rappelant que l'écoute est la première étape vers la compréhension, même des actes les plus impensables.
Reportage : S.Dumay, P.A Boudet, O.Pergament, France 3 Champagne-Ardenne







