Sur les trottoirs de Lille, Alès et Metz, des bonbonnes de protoxyde d’azote non recyclées s’accumulent, témoignant d’un enjeu de santé publique et environnemental grandissant. Utilisé à l’origine en milieu médical et agro-alimentaire, ce gaz, prisé pour ses effets euphorisants, pose aujourd’hui des défis majeurs. Un sondage réalisé par Veolia en 2025 révèle qu'environ 16 % des utilisateurs laissent ces déchets sur la voie publique, aggravant ainsi une situation déjà préoccupante.
« Aucun cadre législatif n’encadre les bonbonnes destinées à un usage récréatif », note Stéphane Caplier, directeur stratégie déchets chez Veolia. Contrairement à d'autres gaz à usage médical, celles-ci ne font pas l’objet d’un traitement spécifique, se retrouvant intégrées aux déchets ménagers. Ces bouteilles, lorsqu’elles sont incinérées, représentent un risque d’explosion notable. "Les résidus de gaz, sous l'effet de la chaleur extrême dans les incinérateurs, provoquent parfois des déflagrations", ajoute-t-il.
Des déchets à risque
En cause, les bonbonnes de plus grande taille, qui augmentent les risques d’accidents. "Au début, les explosions étaient mineures, mais avec la fréquence croissante des incidents, les conséquences sont désormais plus sévères", souligne Grégory Richet, président du Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains (SVDU). Plus des deux tiers des installations de recyclage en France ont organisé des interventions suivant des explosions liées aux bonbonnes de protoxyde d’azote. Ainsi, la centrale de Limoges a enregistré plus de cinquante explosions depuis janvier dernier.
Le coût de ces incidents se répercute automatiquement sur les finances des communes : entre janvier et mai 2025, Lyon a dépensé près de 400.000 euros pour traiter les déchets problématiques. "Ces dépenses, pour certaines collectivités, n'avaient pas été anticipées", précise le directeur de Veolia, mettant en lumière le manque de prévoyance face à cette réalité.
Sensibilisation et solutions
Pour limiter l’ampleur de ce défi, les collectivités explorent des stratégies telles que la mise en place de systèmes d’incitation. Par exemple, en Belgique, un programme de réduction des frais de déchetterie encourage le dépôt de bonbonnes usagées. De telles initiatives pourraient également voir le jour en France pour endiguer la pollution et la dangers associés à l’usage du protoxyde d’azote.
Les campagnes de sensibilisation se multiplient, car nombre d’utilisateurs ne perçoivent pas l'urgence de cette problématique. "Il est crucial de trouver un moyen de faire comprendre aux consommateurs l’importance du traitement sécuritaire de ces déchets pour la santé et l’environnement", conclut Richet.







