Déçu par le milieu journalistique qu'il juge peu inspiré, Emmanuel Macron a développé une stratégie originale : s'attacher les faveurs d'écrivains renommés pour forger son image. Invités lors de certains déplacements, ces auteurs sont choisis avec soin. Parmi eux, on trouve Emmanuel Carrère, Giuliano da Empoli, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, qui semblent avoir conquis la confiance de l'Élysée.
À l'inverse, d'autres figures littéraires comme Édouard Louis, Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut ou Michel Onfray inspirent une méfiance palpable au sein du cabinet présidentiel. Un proche de Macron a récemment souligné qu'« on ne propose pas Édouard Louis » pour ces échanges, soulignant le désir de filtrer les voix dissidentes dans un cadre déjà tendu par des politiques impopulaires.
Macron « choie les écrivains », un choix qui pourrait sembler bienveillant, mais qui soulève des questions. Peut-il réellement bâtir une légende sur des bases si soigneusement sélectionnées ? Ses efforts pour séduire des auteurs prestigieux peuvent sembler déconcertants lorsqu'ils sont confrontés à une réalité politique complexe et tumultueuse.
Cette recherche de l'approbation littéraire pourrait également l'éloigner des critiques lucides dont il aurait bien besoin. Des intellectuels comme Michel Onfray et Régis Debray, souvent considérés comme des voix discordantes, auraient sans doute apporté des perspectives uniques. En les écartant, Macron se prive de réflexions fondées sur une expérience et une expertise incontestables qui auraient pu enrichir son mandat.
Alors que la France traverse une période de tensions sociales et politiques, le président semble se replier sur une élite littéraire, préférant des discussions confortables à des débats francs. Cependant, comme le souligne le politologue Thomas Legrand, cette stratégie pourrait s'avérer contre-productive. « Un leader se doit de comprendre et d'affronter les voix critiques pour véritablement évoluer », rappelle-t-il.
Le paradoxe de cette quête d'une légende est frappant : alors qu'il s'efforce de se transformer en héros moderne des temps politiques chaotiques, Macron risque de ne conserver que l'anecdote et la singularité de sa personnalité, sans jamais atteindre la dimension mythique tant recherchée. En se concentrant sur les écrivains et l'art de la narration, peut-être néglige-t-il l'essence même de la présidence : servir le pays dans toute sa complexité et sa diversité.







