Dans les charmantes rues de Kotor, écrin touristique du Monténégro, un visiteur français constatera qu'il n'a pas besoin de changer d'argent en franchissant la frontière. Ici, l'euro est omniprésent, affiché sur les menus et dans les boutiques, alors même qu'aucune monnaie locale ne circule.
Depuis 2002, le Monténégro a choisi de fonctionner exclusivement avec l'euro, sans aucune légitimité formelle de l'UE pour le faire. Les Monténégrins utilisent l'euro comme moyen de paiement, tout comme leurs voisins européens. Mais alors que le pays se prépare à entrer dans l'UE, une question cruciale se pose : comment le Monténégro, qui a fait preuve de diligence dans ses négociations avec Bruxelles, peut-il intégrer ce bloc tout en étant déjà en zone euro?
"C'est un cas sans précédent : un pays va rejoindre l'UE en utilisant déjà l'euro, sans faire partie de la zone euro", note l'économiste Alexandre Sokic, enseignant-chercheur à l'ESCE International Business School.
L'histoire de l'euro dans ce pays remonte à la séquence tragique de la désintégration de l'ex-Yougoslavie dans les années 1980 et 1990, marquée par des conflits et une hyperinflation stupéfiante qui a culminé à 314.000.000% en janvier 1994. Face à l'effondrement économique, le deutschemark puis l'euro sont devenus des références pour épargner, à la fois en raison d'une méfiance totale envers le dinar yougoslave. "L'instabilité économique a profondément affaibli la confiance des citoyens", explique Sokic.

En 2002, avec l'introduction de l'euro par l'Allemagne, le Monténégro a su s'adapter rapidement. En juin 2006, après avoir voté pour son indépendance, le pays soumet sa candidature à l'UE en décembre 2008 et entame les négociations en 2012.
Une adhésion envisagée pour 2028 ?
Le Monténégro espère entrer dans l'UE d'ici 2028, un désir exprimé par son président Jakov Milatović lors d'un récent forum en Slovénie. Toutefois, les institutions européennes restent prudentes. Bien que le pays utilise déjà l'euro, il ne bénéficiera pas de facilités particulières. Les exigences pour rejoindre la zone euro demeurent sévères.
Les critères de Maastricht, tels que la stabilité des taux de change et des finances publiques, compliquent la situation monténégrine, car comment évaluer un pays qui utilise déjà l'euro? Ces défis portent une attention particulière sur la nécessité d'une analyse exhaustive des capacités économiques du Monténégro. En parallèle, les acteurs économiques de l'UE s'interrogent sur la modalité d'évaluation de la stabilité monétaire d'un pays qui n'émet pas sa propre monnaie.
"La confiance des investisseurs internationaux n'est pas uniquement liée aux taux, mais aussi à des indicateurs plus larges", souligne une source européenne.
Les craintes demeurent, notamment celle de créer un précédent pour d'autres pays non-membres cherchant à agir de la même manière, ce qui nécessiterait des signaux politiques clairs de l'UE.
Le cas monténégrin, un défi à relever
Avec des réformes en marche et une volonté politique forte pour une intégration rapide, le Monténégro se positionne comme un acteur écouté. Il serait impératif de rappeler que sa situation est unique et ne doit pas servir d'exemple pour d'autres modèles d'adhésion.
Critères de convergence pour la zone euro :
1. Stabilité des prix
2. Finances publiques saines
3. Stabilité du change
4. Taux d'intérêt convergents







