Déterminé à se défendre, Eugene Shvidler, un milliardaire d'origine russe, a été visé par des sanctions britanniques depuis mars 2022, à la suite de l'invasion de l'Ukraine. Après avoir été débouté par la Cour Suprême du Royaume-Uni, il s'adresse désormais à la Cour européenne des droits de l'homme, une première dans ce cadre conflictuel.
La fortune de Shvidler, estimée à 1,5 milliard de dollars selon Forbes, n'a pas pu le protéger de l'attention du gouvernement britannique, qui a agi lorsque son jet privé a atterri en Angleterre. Un compte Twitter automatisé, suivant les mouvements aériens, a attiré l'attention des autorités, qui ont ensuite effectué des recherches pour classer Shvidler parmi les hommes d'affaires russes, comme le rapporte le Financial Times.
Les liens étroits de Shvidler avec Roman Abramovitch, ex-propriétaire du club de Chelsea et proche de Vladimir Poutine, ont renforcé cette suspicion. Le gouvernement britannique a décidé de l'inclure dans la liste des 1.800 personnalités ciblées par les sanctions liées à la Russie.
État de citoyen britannique et conséquences
Ramené sous le régime des sanctions, Shvidler a subi des répercussions sévères. Ses avoirs ont été gelés et il a été contraint de réduire son personnel. Bien qu'il affirme avoir quitté la Russie comme apatride et détenir actuellement des nationalités américaine et britannique, son association professionnelle passée avec Abramovitch semble peser lourd dans la balance.
« Ma réputation professionnelle est ruinée », déclare Shvidler, mentionnant qu'il a dû engager des moyens financiers limités grâce à des amis, des banques l'ayant blacklisté. Il assure n'avoir côtoyé Poutine que lors des funérailles de Boris Eltsine, en 2007, et soutient que son ancien associé a rompu les liens avec le Kremlin depuis 2012.
Rejet des demandes par la Cour Suprême britannique
Malgré ses efforts pour sortir de la liste des sanctions, incluant cinq lettres à l'administration, Shvidler a été systématiquement ignoré, sa dénonciation de la guerre et sa démission de ses fonctions n'ayant pas suffi. En effet, tandis que certains, comme Oleg Tinkov, ont réussi à quitter cette liste après avoir renoncé à leur nationalité, Shvidler se retrouve dans une situation complexe, n'ayant jamais eu de passeport russe.
Le ministre britannique des Transports de l'époque, Grant Shapps, avait insinué que Shvidler était un "ami de Poutine", une affirmation qu'il a ensuite supprimée. Shvidler et son avocat soulignent que la décision du ministre n'était pas soutenue par des preuves solides.
Shvidler a épuisé toutes les recours possibles auprès de la Cour Suprême du Royaume-Uni qui a statué en faveur du gouvernement, affirmant que la politique étrangère et les sanctions étaient de leur ressort. Cependant, un juge a exprimé des réserves, plaidant pour une plus grande transparence dans les décisions.
La couverture de cette affaire par des médias internationaux comme Bloomberg pourrait avoir des implications importantes sur le régime de sanctions en vigueur. La décision de la Cour européenne des droits de l'homme, bien qu'attendue, pourrait changer la donne pour plusieurs millions de citoyens se retrouvant piégés par des sanctions appliquées sans véritable due process.







