Cheffe économiste et associée chez BDO France, Anne-Sophie Alsif livre à « La Nouvelle République » ses prévisions économiques mondiales et nationales. Elle affiche une confiance dans l’économie française.
La situation économique mondiale doit être analysée avec nuance. La croissance dépasse les 3 % pour cette année, atteignant 3,1 % l'année suivante. Ce résultat positif est en grande partie dû à la résilience de l’économie américaine. Initialement, les experts redoutaient qu'une récession frappe les États-Unis, accentuée par des tensions commerciales, mais ces derniers ont maintenu une croissance de près de 4 %. Bien que les droits de douane ont freiné quelque peu cette dynamique, avec une croissance finalement de 2 % au lieu des 3,5 % anticipés, cet équilibre reste relatif. Cette performance est en grande partie alimentée par des investissements dans l'intelligence artificielle, ce qui permet de compenser les effets de la guerre commerciale. Ainsi, l’économie mondiale se maintient, évitant un effondrement.
Concernant l'impact de la guerre en Iran, celle-ci a engendré une flambée des prix sur les matières premières en raison de la perturbation des voies commerciales, notamment le détroit d'Ormuz. Bien que cela contribue à une pression inflationniste sur l'Europe, la situation est moins préoccupante qu'en 2022, car l’Europe a diversifié ses sources d'approvisionnement énergétique. En effet, la France, avec son taux d'inflation relativement faible par rapport à ses voisins de la zone euro, bénéficie également d'une efficacité accrue de sa production d'énergie verte, réduisant ainsi les risques inflationnistes. Toutefois, une vigilance est de mise ; un risque de stagflation, alliant inflation élevée et croissance réduite, subsiste.
Tous les domaines vont être impactés par l’intelligence artificielle, avec des gains de productivité qui pourront être importants.
En explorant le rôle de l'intelligence artificielle, il est évident que son influence est déjà palpable dans de nombreux secteurs, notamment la bourse, les services juridiques et bancaires. Ce phénomène pourrait catalyser des gains de productivité significatifs, apportant un éclairage positif à la croissance économique. Alors que l'économie française fait face à un vieillissement de sa population, une impulsion vers l'innovation est impérative. Bien que les États-Unis soient en tête dans ce domaine, la France commence à ressentir les retombées bénéfiques, en particulier dans le secteur de la santé où l'IA se déploie de manière prometteuse.
Les élections municipales prévues en mars pourraient également jouer un rôle non négligeable, favorisant les investissements locaux. Bien que ces mouvements restent marginalement influents au niveau macroéconomique, ils suscitent souvent des projets positifs à l'échelle locale.
Bio express
- 1984 : naissance à Meaux (Seine-et-Marne).
- 2010 : master en économie internationale et développement, Paris-Dauphine.
- 2013 : intégration au ministère des Affaires étrangères, devenant conseillère sur les questions économiques.
- 2019 : Publication de La France est-elle exposée au risque protectionniste ?, aux Presses des Mines.
- 2020 : associée et cheffe économiste chez BDO France.
- 2021 : enseignement de l'économie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Comment se porte l’économie de la transition écologique ?
« L’Europe vise à devenir un leader dans l’énergie décarbonée. C’est en bonne voie : les ventes de véhicules électriques connaissent une forte croissance tant au niveau européen que mondial. Les changements dans la demande énergétique se manifestent, avec une baisse du besoin en pétrole au profit de l’électricité. Toutefois, des défis subsistent, notamment l’adéquation entre les ambitions de décarbonation et les capacités industrielles. Les investissements dans la transition écologique sont cruciaux pour que l’industrie européenne puisse répondre à ses objectifs, tout en restant compétitive face à la concurrence internationale. La France est bien positionnée dans ce domaine grâce à sa production d'énergie décarbonée, ce qui constitue un atout précieux », souligne Anne-Sophie Alsif.







