Ce mercredi 21 janvier a marqué l'ouverture du procès en appel des "vendanges de la honte" à la cour d'appel de Reims. Prévu pour s'étendre sur deux jours, il s'est concentré dès la première matinée sur l'audition du dirigeant de la coopérative Gravelle, mis en cause pour avoir engagé la société Anavim.
Une quarantaine d'anciens vendangeurs, accompagnés de la CGT Marne, se sont rassemblés dans la salle d'audience. L'un d'eux a affirmé : "On doit être là et se battre et gagner". Leur présence témoigne de la douleur et des abus subis, alors qu'ils se confrontent à leurs anciens "employeurs". Parmi les prévenus, trois d'entre eux, condamnés en première instance, sont en appel pour des charges aussi graves que la traite d'êtres humains.
Svetlana Goumina, directrice de la société Anavim, est la seule à comparaître en détention. Son cas est particulièrement poignant : en septembre 2023, les gendarmes ont découvert près de soixante ouvriers, principalement sans papiers, dans un logement insalubre à Nesle-le-Repons. Aucune rémunération n’a été versée pour leur travail acharné.
Des accusations sérieuses pèsent aussi sur le président de la coopérative vinicole, condamné à 75 000 euros d'amende faute de vigilance concernant les conditions de vie des vendangeurs. Ce dernier a également interjeté appel.
"Quel reproche pouvez-vous me faire ?"
L’audition du président de la coopérative s’est révélée particulièrement révélatrice. Vêtu d’un pull marron, il a lancé : "Quel reproche pouvez-vous me faire ? C'est ça que je ne comprends pas !" Pourtant, il avait été reproché de ne pas avoir vérifié les conditions de logement ou les papiers des travailleurs. Son plaidoyer demeure le même : "Je n'étais au courant de rien", se défendant par des excuses qui paraissent peu convaincantes aux yeux de la Cour.
Maître Cessieux, avocat des vendangeurs, a réagi en incitant le prévenu à se remettre en question : "Est-ce que vous reconnaissez avoir manqué de vigilance ?". La réponse n’a pas tardé : "Non, pas du tout".
"Je suis une victime, comme tout le monde"
Sur le banc des accusés se trouvait aussi Temuri Muradian, un recruteur ayant collaboré avec Anavim. Après avoir été condamné à trois ans de prison, il a témoigné sur le rôle de la directrice de la société, affirmant : "Je suis une victime, comme tout le monde". Il évoque des menaces et des promesses d’argent non tenues, mettant ainsi en lumière un système complexe d'exploitation humaine.
Les zones d'ombre
Des questions demeurent également sans réponses : les liens entre la directrice et son ex-mari, qui a contacté un des recruteurs, ainsi que le comportement d'un chauffeur de bus contre qui des dénonciations ont été faites. Ces zones d'ombre pourraient bien changer la donne dans ce dossier qui secoue l’opinion publique.
Le procès s'annonce comme un révélateur des abus dans le secteur agricole, soulignant les lacunes dans le contrôle des conditions de travail et d'hébergement des vulnérables. Ce jeudi soir, la cour devrait rendre son verdict, un verdict à fort enjeu pour la justice sociale en France.







