Prévue depuis deux ans, cette cérémonie vise à rectifier une omission historique. Pour la première fois, un historien prend sa place parmi de grandes figures telles qu'Émile Zola et Victor Hugo.
Yann Potin, conservateur en chef aux Archives nationales, souligne l'importance de cette reconnaissance, rappelant que l'histoire a une place particulière dans la culture française. "En France, enseigner l'histoire est une tradition ancrée, avec des professeurs d'histoire jouant un rôle essentiel", déclare-t-il à BFMTV.com.
Emmanuel Macron a salué l'œuvre et le courage de Marc Bloch, qui a rejoint la Résistance et a été exécuté par les Allemands en 1944.
Patriotisme et engagement
Dans son testament spirituel, Marc Bloch, né en 1886 dans une famille de "Juifs optants", se considère "avant tout et très simplement Français". Il évoque la complexité de son identité, affirmant : "Je suis juif par la naissance mais ne tire ni orgueil ni honte de mon origine". Un constat éclairé par l'historien, qui a vécu un parcours d'excellence, notamment à l'École normale supérieure.
Ancien soldat décoré de la Légion d'honneur, son engagement militaire et sa résistance intellectuelle en font un modèle d'exemplarité.
Une voix pour les oubliés de l'histoire
Son expérience dans les tranchées de la Première Guerre mondiale lui a ouvert les yeux sur la diversité du vécu français. Jean-David Morvan, scénariste de Marc Bloch, l'historien combattant, affirme que cela l'a poussé à raconter l'histoire autrement, en mettant l'accent sur les vies des individus plutôt que sur les grandes figures.
En 1929, il cofonde la revue Annales d'histoire économique et sociale, révolutionnant ainsi la discipline historique en intégrant des perspectives variées et de nouvelles sources.
À la Sorbonne dans les années 1930, bien qu'il soit père de six enfants, il choisit de s'engager dans la guerre face au nazisme, une décision fatidique qui le mènera en 1940 à l'évacuation de Dunkerque.
L'héritage de l'étrange défaite
Après la chute de la France, il rédige un texte critique, Témoignage 1940, qui sera publié en 1946 sous le titre de L'Étrange défaite. Bien qu'il n'ait pas été immédiatement reconnu, ce livre est devenu un pilier pour comprendre la débâcle.
Yann Potin rappelle qu'il a fallu attendre 1990 pour que le livre prenne l'ampleur qu'on lui connaît, représentant aujourd'hui 80% des ventes de Bloch.
Résistance et sacrifice
Exclu du service public sous Vichy, Marc Bloch a continué d'enseigner jusqu'à son arrestation par la Gestapo en 1944. Torturé, il a été exécuté peu après. Sa femme, Simonne, décèdera quelques semaines plus tard.
Quatre-vingt-douze ans après leur mort, leur panthéonisation scelle un passage de la mémoire collective à l'histoire, comme le souligne Yann Potin. Marc Bloch représente la voix de ceux qui ont défié l'oppression pour défendre la liberté et la vérité.







