« Un tournant décisif dans l’histoire d’Ubisoft. » C’est en ces termes qu’Yves Guillemot, président-directeur général d'Ubisoft, a présenté la restructuration engagée le 21 janvier. Après des années de difficultés financières, le géant français du jeu vidéo se lance dans une refonte majeure pour regagner de la compétitivité. Les conséquences : une perte estimée à 1 milliard d’euros pour l’exercice 2025-2026, ainsi que plusieurs annulations de projets.
La première annonce marquante concerne le remake de Prince of Persia: The Sands of Time, un classique sorti en 2003. Ce projet, ainsi que cinq autres jeux non révélés, a été abandonné. De plus, plusieurs autres titres ont été différés à une date ultérieure.
Cette stratégie s'accompagne également de fermetures de studios, notamment à Halifax (Canada) et à Stockholm (Suède), ainsi que des réajustements au sein de l'équipe d’Ubisoft à RedLynx (Helsinki) et Massive (Malmö). Parallèlement, des changements radicaux sur le plan social sont envisagés, y compris la fin du télétravail dans une entreprise déjà impactée par des grèves en 2024 en raison d'une politique de présence obligatoire.
En fin 2025, Ubisoft comptait encore 17,000 employés, malgré la suppression de 3,000 postes dans le cadre d’un plan d’économie de 300 millions d’euros. Selon Guillemot, cette restructuration représente « une troisième et dernière phase » pour réduire les coûts d’au moins 200 millions d’euros dans les deux prochaines années.
Virage organisationnel
Avec une concurrence de plus en plus féroce et des coûts de production en hausse, Ubisoft cherche à changer de cap suite à plusieurs échecs commerciaux notables, dont les déceptions autour de XDefiant et Skull and Bones. Résultat : l’action d’Ubisoft a chuté de 51 % en 2025.
Pour se relancer, l’éditeur prévoit un nouveau modèle de production à partir d’avril 2026, organisé autour de « maisons de création ». Ces structures, au nombre de cinq, seront spécialisées dans des genres de jeux spécifiques, permettant à chaque entité de prendre des décisions autonomes et de favoriser une décentralisation du fonctionnement de l’entreprise, comme l'indique Marie-Sophie de Waubert, directrice des studios d'Ubisoft.
La mutualisation des équipes techniques, marketing, production et distribution permettra au siège de conserver le contrôle sur les orientations stratégiques et les budgets. Une première étape de ce modèle a déjà été mise en œuvre avec la création de Vantage Studios, qui s'occupe des franchises emblématiques telles que Assassin’s Creed et Far Cry. De plus, le géant chinois Tencent a investi 1,16 milliard d’euros pour acquérir plus de 25 % de cette nouvelle entité.
Les autres maisons se concentreront sur différents genres et franchises, assurant ainsi une diversification des productions. Cependant, Ubisoft doit faire face à des prévisions sombres, affichant une perte opérationnelle d'un milliard d'euros pour l'année en cours.







